« Le progrès scientifique : oui mais jusqu’où ? - Chronique Citoyenne - 2 Mars 2006 | Page d'accueil | La religion du marché et de la concurrence (1/3) - 14 Sept 2006 »

09.09.2006

La Fondation Bill & Melinda Gates verse 500 millions de dollars à la lutte contre le Sida - 7 Sept 2006


podcast


Cet été, Bill Gates a annoncé que sa fondation verserait 500 millions de dollars au fond mondial de lutte contre le Sida. Cette nouvelle, a priori réjouissante, nous pousse tout de même à nous interroger … Que faut-il en penser ?

Commençons par le rappel des faits
Bill Gates, fondateur de Microsoft a construit une fortune de 50 milliards de dollars, qui fait de lui l’homme le plus riche du monde, grâce à sa vision et à son génie, mais aussi grâce à un monopole acquis par des pratiques discutables.

Fort de cette situation confortable, Gates se retire progressivement des affaires pour se consacrer à des œuvres caritatives. Il a donc annoncé qu’une de ses priorités était la lutte contre le Sida. L’annonce tonitruante du don de 500 millions a permi à Bill et Melinda, sa femme, de prononcer le discours d’ouverture de la conférence mondiale sur le Sida, le 13 Aout dernier à Toronto. Un discours plein de bons sentiments, on l’imagine bien. Mais en quoi le fondateur d’une société d’informatique est-il habilité à ouvrir une conférence sur le Sida ?

Autre élement. Le 26 Juin dernier, Warren Buffett, 2ème homme le plus riche du monde après Bill Gates avait annoncé qu’il donnerait 30 milliards de dollars à la fondation Gates. Sa fortune construite dans le secteur, non pas du logiciel mais de l’alimentation s’élevant seulement à 44 milliards, on mesure l’étendu du geste.

Comme le dit Damien Millet, président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde, dans le Libé du 17 Aout, un tel geste « fait passer les Rockfeller, Carnegie, ou Ford pour des petits joueurs … ».

Qu’est-ce que la Fondation Gates ?
La fondation Gates est dirigée par Bill Gates et sa femme Melinda. Elle a pour objectif l’amélioration de la santé et le développement technologique des pays pauvres. Elle est dotée de 30 milliards de dollars qui proviennent de la fortune du couple, et a un budget annuel de 3 milliards.

Si vous avez lu la presse traditionnelle cet été, vous avez noté qu’on ne tarit pas d’éloge sur cette générosité extrême. Non seulement Bill Gates est élevé en héro du capitalisme pour avoir si bien su jouer avec les règles de la concurrence; ce qui lui donne le droit de parler d’égal à égal avec les dirigeants de la planètes, mais en plus il se rajoute une seconde auréole, celle du philanthrope.

Mais ne nous laissons pas aveugler par les bons sentiments. Si on y regarde de plus près, cela fait naitre quelques interrogations ….

La question de la privatisation de la solidarité
Le budget de la fondation Gates, c’est 5 fois celui de l’UNESCO, l’institution des nations-unies pour l’éducation, la science et la culture. C’est aussi un budget équivalent à celui de l’OMS, l’organisation Mondiale de la Santé (3,3 milliards de $).

D’un coup de baguette magique, une fondation privée, dirigée par un couple de particuliers, si notables soient-ils, devient aussi importante que des organisations internationales mises en place par l’ensemble des pays de la planète, et qui oeuvrent depuis des années avec des budgets limités.

Ne doit-on pas se réjouir que des acteurs privés viennent combler les lacunes des aides publiques ?
Au 1er degré, on peut s’en réjouir mais c’est vraiment ne pas voir plus loin que le bout de son nez.
Qui doit décider de la meilleure manière d’utiliser ces fonds ? En quoi Bill Gates est-il habilité à décider des projets auxquels allouer des fonds pour la santé et le développement ? Sur quels critères les décisions porteront-elles ? Ne risque t’on pas de privilégier les projets à court-terme, les plus visibles, les plus rentables - mais qui ne représentent pas nécessairement l’intérêt général ?
Pourquoi Bill Gates ne donne t’il pas l’argent de sa fondation à l’OMS ou à l’UNESCO ? Est-ce parqu’il veut décider lui-même de la manière dont l’argent va être utilisé (et donc on en revient à la question des critères de décision) ? Est-ce parce que pour lui, l’OMS et l’UNESCO ne sont que des administrations inefficaces ?

Autre interrogation : qui a demandé l’avis des 1ers concernés, c’est à dire les plus démunis à qui ces aides sont destinées ? Est-il normal que la lute contre la pauvreté soit organisée unilatéralement par les plus riches ?

On assiste donc une confiscation de la lutte contre la pauvreté et une substitution du privé au public, y compris dans le domaine de la solidarité, ce qui risque d’être hautement pervers.

Comment expliquer cette situation, Quelles sont les causes ?
Les états et les institutions financières internationales mettent en place depuis 25 ans des politiques néo-libérales qui ont pour objet de diminuer le rôle de l’état, de sabrer les services publics, de casser le système de redistribution des richesses, de minimiser la solidarité et donc de laisser le champs libre au marché et aux actionnaires.

Les causes de l’impuissance des états sont donc les mêmes que celles qui ont permi à des gens comme Bill Gates de construire des fortunes démesurées, au détriment des revenus du travail.

Si on comprend ça, on comprend que s’émerveiller de la générosité de Bill Gates, ce serait, en exagérant un peu le trait, comme remercier quelqu’un qui vous donne l’heure avec la montre qu’il vient de vous voler.

Là vous exagérez un peu, personne ne l’obligeait à céder plus de la moitié de sa fortune…
Je caricature à peine …
En France également, avec le téléthon, l’opération pièce jaunes, on voit que la solidarité et la sécurité sociale sont remplacées par la charité. Aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres, comme le constate Damien Millet, « les plus pauvres vont être contraints, comme au moyen age de compter sur la générosité du seigneur protecteur ou de périr ».

Selon lui, ce recul intolérable est accentué par la logique de la dette qui organise un colossal transfert de richesses du sud vers le nord puisque les pays du sud remboursent 3 ou 4 dollars pour chaque dollar emprunté. Alors certes, il vaut mieux que Bill Gates consacre son argent à la lutte contre le Sida qu’à construire des golfs, mais regardons plus loin que le bout de notre nez, ne nous laissons pas éblouir par les bons sentiments. Vous comprendrez donc que je suis un petit peu sceptique lorsque je lis son discours d’ouverture de la conférence de Toronto. Pourquoi Bill Gates n’utilise t’il pas son pouvoir et son aura pour demander l’annulation de la dette ?


Téléchargez le texte de cette chronique


En savoir plus …

Fondation Gates


La solidarité à la sauce Bill Gates
Damien Millet, Libération, 17/08/2006

Commentaires

Damien MILLET est bien l'auteur de ce papier, mais pas de cette phrase de conclusion :

"Pourquoi Bill Gates n’utilise t’il pas son pouvoir et son aura pour demander l’annulation de la dette ?"

C'est gênant, d'autant plus que Bill Gates à réclamé AUSSI publiquement l'annulation totale de la dette du tiers-monde dans une déclaration commune faite avec son ami le chanteur BONO...

Celui ou celle qui à caviardé anonymement cet article d'un confrère, au risque de le faire passer pour un crétin mal informé, (le comble pour un journaliste) est moins malin que Bilou. !

Ecrit par : Jean-Marc Borel, pigiste | 19.09.2006

Source :
http://www.cadtm.org/article.php3?id_article=1963

Ecrit par : Jean-Marc Borel | 19.09.2006

OK, pour le détournement et l'exploitation des bons sentiments du public vers le privé. Mais :
1) Ca fait des ressources en plus face au fleau : le p'tit africain qui pourra survivre se fout de savoir d'où vient ses cachets, ni qui lui paye.
2) Ca pourrait être inquiétant si ça dédouanait les instances "officielle" de leurs responsabilités. Les gars de la croix rouge (ou du croissant rouge, ou de MSF ou de ... )se foutent, dans leur quotidien, de la gestion de leur parc immobilier. Ils se dévouent au service des gens.
3) Si Pablo Escobar avait fait un don équivalent, ça ne l'excuserait pas de l'origine des fonds, mais, encore une fois, sur le terrain, au vu des situations, l'argent n'a pas d'odeur.
4) L'argent officiel est-il plus propre ?
5) Je ne veux pas entrer dans le débat : fonds public = gaspillage, fonds privé = rationnalité (c'est trop con comme vision).
6) Bill n'est pas le messie, mais son action (symbolique ou concrete) rapelle qu'il y a pire que la fracture numérique.
Indirectement, ça pourrait (naif je suis) rappeller aux nations leurs responsabilité.

Ecrit par : zorbec | 19.09.2006

Des vérités intéressantes et des vues partagées.
Mais.
Mais il me semble que le débat se situe plus en amont, sur la façon dont Gates a construit sa fortune que sur l'utilisation tardive et rédemptrice (sisi, c'est très américain ces arrangements avec la conscience) de son magot.
Car il est un fait, c'est que sa fondation gère mieux que personne (et surtout des organisations que vous citez) ses ressources en reléguant les frais de fonctionnement au strict minimum. Je n'ai plus les chiffres en tête mais ils sont assez instructifs sur l'efficacité de cette fondation, ou plus exactement sur la gabegie des Etats ou des organisations publiques soit-disant impliqués dans la lutte contre la pauvreté ou la maladie et qui s'engluent plus surement dans la gabegie et les procédures administratives de tout ordre.
Alors Gates n'est pas un héros et il n'est pas question de le regarder comme un bienfaiteur de l'humanité.
C'est juste l'humanité qui est triste et en panne.

Ecrit par : Cassandre | 19.09.2006

Le point de vue est intéressant et inteligent. Cependant comme le montrent les commentaires précedant, on ne defend pas trop bilou.
Moi je suis un adepte du 'small is beautifull' et je prefere voir des particuliers organiser eux aussi l'aide à leur manière. Trop de moyen dans une seule organisation peut souvent amener à des dérives. Et les erreurs seront généralement plus grandes.
Pour bill ce n'est pas 'small' effectivement et mon argument peut tomber. mais je prefere voir deux organisations concurrentes , ca permet le débat et les critiques. En matière d'aide aussi , la concurrence devrai pouvoir être intéressante.

Merci pour cet article.

Ecrit par : francois | 19.09.2006

Je ne partage pas les commentaires précédents. Votre analyse est bâtie sur une vision négative et soupçonneuse de tout ce qui relève du monde de l'entreprise et du privé. Tous des salauds, ces exploiteurs! Qui sait quel complot maléfique peut se dissimuler dérrière l'action caritative d'un ex-entrepreneur!
La vigilance est une vertu, non le soupçon malsain systématique. Attendons donc de voir les conséquences de ses actions avant de juger la fondation Gates.

Le fait que des actionnaires puissent s'enrichir de façon extravagante au détriment des salariés d'une entreprise me choque profondément. Je suis favorable à ce que les salariés bénéficient davantage des richesses créées par une entreprise. Néanmoins, lorsqu'une richesse personnelle a été constituée à la suite d'un management serré orienté vers la maximisation du profit (encore que les salariés de Microsoft ne soient probablement pas les plus mal lotis), et que cette richesse est affectée (dans une large part) à l'amélioration du bien être de la communauté, je constate qu'au final la richesse a été redistribuée autrement (tout ce que les salariés de microsoft n'ont pas eu dans le passé, ce sont d'autres individus, plus pauvres qu'eux, qui vont en bénéficier).

Je pense même que ce genre d'actes de solidarité est un grand pas en avant car il donne une signification à l'accumulation de richesses: si celui qui s'enrichit dans le cadre d'une activité d'entreprise redistribue une partie substantielle de cette richesse à des oeuvres d'intérêt général (lutte contre la pauvreté, maladies ou financement de projets artistiques non soumis à des critères de rentabilité), alors au pire il est utile à la communauté, au mieux il faut preuve de grandeur morale.
Au pire, donc, la fondation Gates sera très utile à de nombreux individus dans le besoin.

De surcroît, pourquoi une contribution au bien être général devrait-elle passer obligatoirement par un organisme publique? Si l'aide d'origine privée est bien de nature caritative, aucun principe de rentabilité n'est censé intervenir (auquel cas il s'agirait d'un fond d'investissement). Alors quel principe rendrait une aide privée "inférieure" à une aide publique?
Par ailleurs, on ne peut pas parler comme vous le faites de "substitution" de l'aide publique par l'aide privée: la seconde s'ajoute à la première, elle ne la remplace pas.

Il me semble que votre réflexion souffre d'un profond parti-pris idéologique. Elle est de fait limitée dans sa profondeur car vous vous refusez inévitablement à poser d'autres questions ou à envisager des réponses qui ne correspondent pas à vos préjugés (péjoratifs).

Ecrit par : Loup des Steppes | 19.09.2006

Mouaih, je connais plusieurs beneficiaires de bourses B&M Gates. A part un (chercheur comme moi dans une grande fac US), ils sont tous fondateurs et/ou membres de start up qui bossent sur des projets plus ou moins farfelus de vaccin anti VIH ou autre. Et s'en mettent royalement plein les poches, vous avez meme pas idee (genre 150k$/ an plus frais divers pour un boulot pepere), etant donne la masse d'argent que la fondation leur a verse, alors que les projets pour une bonne partie d'entre eux sont pipeaux, ou deja en cours dans des labos publics 100 fois plus efficaces (eh oui).

Bien ecrire des demandes epoustouflante de financement de recherche, c'est pas si dur et ca s'apprend. Mais apres, savoir lire entre les lignes et evaluer la faisabilite d'un projet, ou savoir si un tel ou un tel serait pas mieux place pour recuperer des fonds, c'est plus complique. Et visiblement la fondation Gates peche encore enormement de ce point de vue la (la jeunesse peut etre... mais je pense surtout un gros parti pris ideologique pro start up qui autorise a financer n'importe quoi - cf la bulle internet).

De toute facon je vois pas ce qu'il pouvait faire d'autre de sa thune, il a choisit l'option la plus flateuse pour son ego, et basta (et encore, parait il, parce que sa femme l'a pousse au cul pendant 20 ans pour ca).

Ecrit par : Erka | 19.09.2006

Réponse à Jean-marc Borel.
J'ai cité un article de Damien Millet dans Libé (très similaire d'ailleurs à celui que vous donnez en référence) mais il est clair que le reste du propos est de moi, il ne s'agit pas de faire croire que tout ce que j'écris est écrit par Damien Millet ! Si la conclusion est erronée (merci de me le signaler, je ne savais pas - mais la source que vous donnez ne donne pas plus d'info là dessus) c'est mon erreur, c'est tout !

Ecrit par : Michoko | 19.09.2006

Réponse à Loup des Steppes
Je souhaite que la fondation B Gates soit efficace et je suis content si des personnes qui en ont besoin bénéficient de son aide. Mais le problème n'est pas là. Je ne suis pas suspicieux sur la manière dont les fonds vont être utilisés, il est vrai comme l'a fait remarqué Cassandre que la fondation sera surement plus efficace que l'UNESCO ou autre, mais le problème est multiple :
- Notre société ne peut pas se reposer sur le privé pour se soucier de l'intéret général (par définition, le privé ne représente que son intéret particulier)
- Les richesses sont de plus en plus aspirées par le privé (déséquilibre du rapport entre salaires et profits depuis 30 ans). Cela permet des élans de générosité comme celui de B Gates mais c'est révélateur d'un problème général : les états n'ont plus de moyens, ne respectent pas leur engagement de 0,7% du PIB à l'aide au développement alors que les multinationales battent chaque année les records de profits (qui vont majoritairement aux actionnaires ou aux paradis fiscaux). C'est en cela que le privé se substitue au public.

Ecrit par : Michoko | 19.09.2006

Trois commentaires

1) et warrent buffet, et Billou ont annonce que leurs heritiers toucheraient des parts ridicules de leurs fortunes respective

2) microsoft est une boite ou les conditions de travail sont bonnes

3) Il y a quelques annees, Billou avait donne un un milliard de dollars a l'ONU


On peut dire ce que l'on veut, mais dans le genre partage de richesse, je ne sais pas si on a vu aussi efficace dans l'histoire de l'humanite, n'en deplaise au pourfendeurs du capitalisme et des USA.

Moi je trouve ca magnifique, et pourtant, en tant qu'informaticien, M$ n'est pas ma tasse de the

Ecrit par : Nimbus | 20.09.2006

Avant d'être un problème d'efficacité ou de morale, c'est d'abord un problème de pouvoir : en principe, le seul pouvoir légitime (celui de prendre une décision d'intérêt général) est celui du peuple souverain ; en pratique il est de plus en plus confisqué par les puissances privées.
On peut donc toujours discuter en aval des mérites de la fondation Bill Gates, mais le problème en amont reste qu'il y a confusion entre puissance et pouvoir. Au nom de quoi le plus riche aurait-il le pouvoir de prendre des décisions d'ordre public ? Même s'il prend de bonnes décisions, c'est notre pouvoir qu'il aura usurpé. Un despote éclairé reste un despote.
Si M. Gates est si efficace que cela dans la lutte contre le sida, il suffirait que l'OMS confisque sa fortune puis l'élise comme président ; le résultat serait aussi bon, non ?

Ecrit par : Actustragicus | 20.09.2006

il faut pas oublier non plus que la fortune de Bill Gates s'est construite essentiellement par la pression sur les institutions internationales tel l'OMC, et un lobbying puissant pour imposer des licences et des brevets, lire à ce sujet l'excellent ouvrage "le holdup planétaire" de Roberto Di Cosmo et Dominique Nora. (ouvrage libre en ligne > http://www.pps.jussieu.fr/~dicosmo/HoldUp/ )

C'est ce même jeu de brevet qui bloque aujourd'hui la production de générique dans le domaine de la santé et qui laisse seulement 10% des personnes atteintes par le VIH dans le monde recevoir des traitements.

Ecrit par : zoul | 20.09.2006

La redistribution des richesses commencera peut-être un peu le jour où Bill Gates :
1. se paiera au salaire moyen de ce que ses entreprises paient à ses employés, y compris les plus obscurs sous-traitants orientaux ou africains;
2. le fera rétrospectivement au jour où il a commencé à travailler;
3. Versera le montant ainsi récupéré pour financer la sécurité sociale (maladie, pensions, etc.) dans tous les pays où il a une filiale ou un sous-traitant;
4. Ne leguera rien que la maison famiale à ses héritiers, et le reste à l'UNesco, par exemple ou à l'OMS.

Ecrit par : jcd | 20.09.2006

Réponse à Michoko
Il me semble que votre réponse dissipe la plupart des désaccords que j'aurais pu avoir. Je suis d'accord avec les deux commentaires que vous faites.
Néanmoins - et aussi en réaction à Actustragicus - je ne comprends pas pourquoi l'on considère que le privé usurpe un pouvoir et agit en despote éclairé en faisant des dons d'intérêt général.
Sous la condition stricte que le donneur qui a fondé sa richesse dans un cadre privé en fasse don dans une pure logique d'intérêt général, donc sans qu'aucun intérêt privé n'intervienne dans le processus d'attribution des aides, je ne vois pas où peut se situer le problème. On ne peut plus dire dans ce cas que le privé ne recherche que son intérêt car cette logique est dépassée par une vision morale altruiste.
Je ne dis pas que tous les acteurs privés qui fonderaient des organisations d'aides se conformeraient à cette morale. Mais que si cette morale devait guider l'esprit du donneur, alors je dirais:
Au nom de quoi un riche n'aurait-il pas le droit de prendre des décisions d'intérêt général ?
Je récuse l'idée que toute action d'intérêt général est spécifique à la sphère publique. Cette conception n'est en rien une vérité objective. Elle reflète un point de vue, je n'y vois pas de fondement logique.

Ecrit par : Loup des Steppes | 20.09.2006