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24.09.2006

Privatisation de GDF : le gouvernement s’embourbe dans une démarche dogmatique en oubliant les enjeux stratégiques de l’énergie


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Le 7 septembre, le gouvernement a soumis à l’Assemblée nationale un projet de loi pour la privatisation de Gaz de France, dans le but de permettre sa fusion avec l’entreprise Suez. Nous allons essayer aujourd’hui de comprendre les enjeux de cette privatisation.

Une nouvelle illustration de la pré-éminence du marché, au mépris des enjeux énergétiques et écologiques fondamentaux. Voici une belle application des théories sur le libre-échange…

Les données du problème
L’histoire commence en Juin 2004, lorsque la décision d’ouvrir les marchés de l’électricité et du gaz a été prise. Ces services allaient pouvoir être fournis par des sociétés concurrentes.

2ème étape : en Juin 2005, De Villepin, confirme l’entrée en Bourse de GDF, puis d’EDF. L’ouverture du capital d’EDF et de GDF, cela signifie que tout le monde peut acheter des actions. Bien sûr l’état resterait majoritaire afin de contrôler la politique énergétique du pays. Ainsi Nicolas Sarkozy, alors ministre des finances, nous avait rassuré en déclarant : « je le redis avec force : conformément aux engagements du président de la République et du gouvernement, EDF et GDF ne seront pas privatisées. » Déclaration devant l’Assemblée nationale, le 16 juin 2004. Ce qui signifie que l’état restera majoritaire dans le capital de GDF, c’est écrit dans la loi.

Et pourtant, le 25 février 2006, le gouvernement a dévoilé un projet de loi qui supprime l’obligation pour l’Etat de détenir au minimum 70 % du capital de GDF. Celui-ci pourra ramener sa participation à 34 %. Quand la loi dérange, il suffit de la changer, c’est simple … non ?

Je signale au passage que c’est une méthode traditionnelle puisqu’en 96 lors de l’ouverture du capital de France Télécom, MM Fillon et Juppé juraient que l’état resterait majoritaire. Résultat, le 1er Sept 2004, N Sarkozy vendait dans l’indifférence générale les 10% de capital supplémentaires qui faisaient passer l’état minoritaire.

Pourquoi privatiser GDF ?
La privatisation a pour but de permettre la fusion entre GDF et Suez. Pourquoi faire me direz-vous ?
Et bien cette fusion permettrait de protéger le groupe Suez, menacé d’une OPA par le groupe italien ENEL. Le principe est simple : plus on est gros, plus on est difficile à avaler. Autrement dit on privatise GDF pour protéger Suez. Un peu tiré par les cheveux, tout ça…

Le patriotisme économique, on peut se demander si c’est une bonne raison pour privatiser. Parfois on veut plus de marché, parfois on veut au contraire éviter la loi du marché, mais dans tout les cas, ça aboutit au même résultat : la privatisation ! L’Europe ne sait-elle que mettre en concurrence ses membres en exacerbant leur patriotisme ?

Cette privatisation atteindra-t-elle au moins son objectif ?
Pas sûr, selon un dossier du monde diplomatique, « avec cette fusion, c’est l’ensemble Suez - GDF qui vivrait alors sous la menace d’une OPA. » . Quand au prix du gaz, pas sûr du tout qu’il baisse. Cela n’a pas été le cas aux Etats-Unis et la Commission Européenne a déjà annoncé que le gaz n’était pas assez cher en France pour permettre un marché concurrentiel !

Mais au moins, cela crée un grand groupe français de l’énergie
D’après les députés UMP Dominique Paillé et Marc-Philippe Daubresse, « loin de créer un géant du gaz, la fusion n’entraînerait qu’un grossissement de 25 % de GDF ». Cela n’augmentera pas radicalement le poids de GDF sur le marché.

Par contre cela pose un certain nombre de problèmes …
Oui car comme le note Daniel Paul, député PC, les réseaux de distribution ont été amplement subventionnés par les collectivités locales. Avec cette privatisation, elles en sont dépossédées.

Mais si on veut un grand pole énergétique français, pourquoi avoir séparé EDF et GDF ?
Voilà une excellente question. Avec la fusion GDF-Suez, on essaie de re-créer ce qu’on a défait : un grand pole français de l’énergie. Sauf qu’on le veut privé, bien sûr. Mais le groupe GDF-Suez deviendra concurrent de EDF (par le biais d’une filiale de Suez) alors qu’EDF et GDF ont encore des filiales et des clients communs. On apprécie la lisibilité cette politique dans un secteur aussi stratégique...

Si cette fusion GDF-Suez n’est pas une bonne idée, qu’est-ce qu’il faudrait faire ?
Déjà, il faut prendre la mesure des enjeux du secteur de l’énergie : enjeux écologiques, futur pénurie de pétrole, énergies renouvelables, droit d’accès pour tous à l’énergie. Tout ceci nécessite une vision stratégique et une action conjointe d’une multitude d’acteurs. Le chef d’orchestre ne pouvant être que les pouvoirs publics.

Face à ces enjeux, la course à la concurrence, demandée par la commission Européenne est totalement irresponsable ; et contradictoire avec la nécessité d’une transition énergétique et d’investissements à long terme. Il faut donc remettre en question les accords de Barcelone sur la libéralisation du marché Européen de l’énergie. Remplacer la mise en concurrence par la coopération.

De nombreux acteurs syndicaux, associatifs (ex : fondation Copernic) et politiques (y compris de droite) veulent re-créer un grand service public de l’énergie autour de EDF et GDF. Certains proposent de structurer le capital du groupe autour d’un pôle d’actionnaires publics comprenant la Caisse des dépôts et consignations. Ce pôle public de l’énergie pourra ensuite orchestrer des partenariats sur les énergies renouvelables ou la mutualisation des achats de gaz au niveau européen. Il serait garant d’une réelle stratégie énergétique à long terme et de certaines exigences - justice sociale, préservation de l’environnement - qui n’ont pas toujours été la principale préoccupation des actionnaires privés.


Pour en savoir plus …

Privatisation à la hussarde de Gaz de France – Le Monde Diplomatique, 28 Février 2006

Suez va-t-il avaler Gaz de France ? - Le Monde Diplomatique, 8 Septembre 2006

Fusion Suez-GDF : Non à la Privatisation de Gaz de France

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