06.10.2006

Une proposition originale pour lutter contre le chomage : la redistribution inter-entreprise

Aligre FM, Jeudi 5 Octobre

Jeudi dernier, j'ai reçu Benoit Borrits, ex-dirigeant d'entreprise et membre du conseil scientifique d'Attac. Il a expliqué à la fois avec fougue et pédagogie sa proposition de mise en place d'un régime de solidarité inter-entreprise. C'était la 1ère fois que j'entendais parler d'une telle mesure ! Assez radicale, mais en même temps issue d'un chef d'entreprise, et confortée par des chiffres solides. Effectivement, il est temps de ré-équilibrer le rapport entre salaires et profits. Merci Benoit !

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Le problème
Certaines entreprises prennent le prétexte des cotisations sociales comme frein à l'emploi. On ne peut plus se permettre cette fuite qui pousse à baisser ou exonérer les cotisations sociales alors qu'on a du mal à financer la solidarité (chomage, santé, retraite).
La quadrature du cercle : les petites entreprises ont du mal à embaucher et payer les salaires, les travailleurs ont du mal à vivre avec un SMIC, les cotisations salariales ont du mal à financer la solidarité.

La proposition
Chaque entreprise reçoit une allocation qui correspond à une fraction du cout du SMIC.
Ex : SMIC à 1500 euros, Cout pour l'entreprise = 2200, allocation = 1200 euros => cout réel pour l'entreprise = 1000 euros

Comment est financée cette allocation ?
Par un régime de répartition inter-entreprises. Chaque entreprise cotise en fonction de sa richesse produite et reçois en fonction du nombre de salariés qu'elle emploi. Actuellement la solidarité se passe au niveau des salariés par le biais des cotisations sociales.

En quoi ce système est-il redistributif ? En quoi certaines entreprises vont cotiser beaucoup et d'autres recevoir beaucoup ?

Le but est-il de ré-équilibrer entre les entreprises du CAC 40 qui accumulent les richesses sans embaucher et les PME qui "survivent" ? Cela parait effectivement nécessaire ...

Mais Benoit, votre proposition va déclencher un tollé ! Les entreprises se plaignent déjà de payer trop de cotisations sociales. Les entreprises ne vont plus se battre pour dégager des richesses si celles-ci bénéficieront à leurs concurrents ? La solidarité entre entreprises est-elle possible ?
En plus, vous proposez de revenir à la collectivisation des moyens de production ! N'est-ce pas has been ?


Les conséquences de cette mesure ?
- Favorise l'emploi, relance l'économie
- Permet de revaloriser les salaires
- Permet de prendre des mesures écologiques qui sont nécessaires mais qui autrement, altéreraient notre niveau de vie
- Lutte contre la précarisation des travailleurs, les abus de la sous-traitance, de l'interim, des CDD, ...

En savoir plus
- Blog de Benoit Borrits
- Vers la démocratie économique, Benoit Borrits, L'Harmattan, Juillet 2005

Commentaires

Ayant reporté cette émission sur mon propre blog, je voudrais signaler deux commentaires quant à cette émission. L'un porte sur l'incidence de cette répartition sur la balance commerciale et l'autre répond sur la signification de celle-ci. Voici ici mes réponses à l'un et à l'autre :

Bonjour Robert et André. Tout d'abord, merci de vos contributions.

Je comprend le point de vue de Robert : il semblerait effectivement que les entreprises exportatrices sont des entreprises à forte valeur ajoutée (encore qu’il faudrait le vérifier si cela est possible sur les statistiques INSEE). Nous laisserons donc de côté dans un premier temps l’aspect export pour ne parler de façon générale que des entreprises à forte valeur ajoutée. On peut effectivement estimer que cette redistribution va ruiner les bénéfices de ces entreprises, voire les mettre en perte. Ces entreprises devront alors réagir en embauchant pour retourner aux bénéfices, faute de quoi la question de la reprise de ces entreprises par leurs propres salariés sera posée. Je ne pense pas que cette perspective soit iconoclaste, bien au contraire : les salariés sont mieux à même de gérer leur propre entreprise que des actionnaires qui ne connaissent généralement rien au métier. De plus, cette autogestion s’appliquera à des entreprises riches (forte valeur ajoutée) et non des entreprises « au bout du rouleau » délaissée des investisseurs. Donc pour répondre à la question des entreprises exportatrices, disons simplement que certaines entreprises exportatrices seront moins rentables qu’avant alors que d’autres seront reprises par leurs propres travailleurs.

Tout à fait d’accord avec André, la balance commerciale n’est pas la norme absolue du bien-être des peuples (Je compte d’ailleurs revenir sur l’Allemagne sur une prochaine note : une récente étude montre que 8% des allemands –20% à l’Est- sont désormais dans une trappe à pauvreté). Avoir une balance commerciale excédentaire signifie que le pays est investisseur net à l’étranger, c’est-à-dire qu’il augmente ses créances sur le reste du monde. L’inverse signifie que le pays diminue ses créances ou augmente ses dettes sur le reste du monde. Aucune de ces positions n’est viable à long terme (l’angoisse du monde entier vis-à-vis du déficit américain et des détentions massives de dollars par la banque centrale chinoise et les épargnants japonais en est l’illustration la plus claire). Il faudrait sans doute réhabiliter cette ICU (International Clearing Union – Union de Compensation Internationale) que proposait Keynes et qui sanctionnait aussi bien les déficits que les excédents excessifs (J'en avais fait une allusion à la fin de mon papier sur le Venezuela). Cela me donne l’idée d’un billet sur ce sujet …

Ecrit par : Benoît Borrits | 19.10.2006

Exemple très intéressant de solutions originales au problème du chômage.

Ecrit par : Eric | 19.10.2006

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