20.10.2006
Un sommet qui devrait nous faire un peu réfléchir ...
Aligre FM, 19 Oct 2006
Le 14ème sommet des pays non alignés a eu lieu du 11 au 16 Septembre dernier à Cuba. Quels en étaient les enjeux ? S’agit-il d’un mouvement à bout de souffle ? Ou au contraire d’un nouvel espoir pour les pays en développement ?
Commençons par le rappel des faits
Une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement ont assisté à ce sommet, dont les dirigeants de l'Iran, du Venezuela, de l'Inde et du Pakistan, ainsi que Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Au total 115 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine étaient représentés, soit deux tiers des pays membres de l'ONU.
On ne peut parler du Mouvement des Non Alignés sans rappeler qu’il a pour origine la conférence de Bandung en 1955. A l’époque le mouvement visait à ouvrir une 3ème voie, à l’abri des pressions des Etats-Unis et de l’URSS. Le mouvement a également contribué à accélérer le processus de décolonisation, notamment celle de l’Inde, du Vietnam, de l’Indonésie, de l’Egypte.
Justement, la colonisation, la guerre froide, c’est fini. Les enjeux ne sont plus les mêmes aujourd’hui…C’est vrai que la chute du mur de Berlin a changé la donne. C’est vrai aussi que les grandes figures du mouvement telles que Nairu, Nasser, Ho Chi Minh ne sont plus là. Selon un article de l’agence Reuter repris par Libération, la seule chose qui unirait les participants de ce sommet, ce serait leur anti-américanisme primaire. La preuve invoquée par l’auteur ? Les discours d’ouverture du sommet, le 11 Sept, n’ont même pas fait allusion aux attentats de New York. Un peu court comme analyse …
A noter au passage que le 11 Septembre, c’est aussi le 11 Sept 73, jour du coup d’état de Pinochet au Chili. Durant des années, il n’y a pas eu grand monde pour sortir ce 11 Sept là des oubliettes…
Au regard de cette nouvelle donne mondiale, le mouvement des non-alignés a t’il toujours une raison d’être ?
La colonisation a pris une nouvelle forme. Les pays du nord imposent leur domination par de nouvelles méthodes : les Institutions Financières Internationales (OMC, Banque Mondiale, Fond Monétaire International), et aussi la dette. La dichotomie nord-sud, dominant-dominé est donc plus que jamais d’actualité.
Et puis aujourd’hui, il y a d’autres figures : Chavez, Morales. Des figures qu’on peut critiquer, mais qui ont au moins le mérite de rechercher une voie alternative. Cette conférence avait donc de bonnes raisons d’être et des enjeux, sans parler des dossiers qui ont été abordés tels que le renforcement du rôle de l’ONU, la coopération Sud-Sud, le désarmement.
Il y a eu de beaux discours mais sont-ils en prise avec la réalité ?
Dans la réalité, l’ordre mondial est en train d’évoluer. La coopération Sud-Sud s’organise et fournit une alternative concrète à l’ordre néo-libéral « proposé » par l’occident.
L’Amérique latine s’organise et gagne en indépendance. L’Asie et l’Amérique Latine renforcent leurs relations tandis que les Etats-Unis s’enlisent au Moyen Orient.
Si l’Inde collabore avec les Etats-Unis, la Chine, elle, se rapproche de l’iran et de l’Arabie en établissant une coopération énergétique.
L’alliance Bolivarienne entre Cuba, le Venezuela et la Bolivie démontre qu’une coopération entre états est beaucoup plus efficace que les sacro-saintes lois du marché, destructrices, surtout pour les pays en difficulté. Grâce à cette coopération, 1 500 000 Vénézueliens ont été alphabétisés par des enseignants cubains, 220 000 latinos-américains sont venu en charter se faire opérer de la cataracte. En échange, le Venezuela fournit de l’énergie et la Bolivie fournit du gaz naturel et des produits agricoles.
Et l’Afrique dans tout ça ?
Comme d’habitude, on n’en parle pas beaucoup. J’ai trouvé un article intéressant d’Ababacar Fall-Barros, coordinateur général du groupe de recherche et d'initiative pour la libération de l'Afrique. Il regrette amèrement que les pays Africains soient toujours dirigés par des leaders féodaux et corrompus qui ont confisqué l’indépendance et la souveraineté de leurs peuples.
L’auteur regrette que les chefs d’états africains n’aient pas pleinement investi le sommet de la Havane. Aucune mobilisation n’a eu lieu en Afrique, aucune signification n’a été donnée à l’événement. Une occasion manquée pour ce continent qui en aurait bien eu besoin.
Finalement, quels sont les résultats de ce sommet ?
Une déclaration commune d’une centaine de pages, qui exprime le point de vue des non-alignés. Le texte condamne la politique américaine en Amérique latine ou au Proche-Orient. Des positions communes sont forcément difficiles à atteindre dans un forum aussi divers. Néanmoins les participants se sont retrouvés pour réclamer plus de multilatéralisme sur la scène internationale. Avec notamment une reforme du fonctionnement de l’ONU qui semble de plus en plus inévitable. Afin de mieux refléter le nouvel ordre international, de mieux représenter les pays du sud, et, pourquoi pas, de donner plus de pouvoir à l’ONU. Car finalement, l’ONU est l’organisation la plus légitime pour limiter le système de domination du nord sur le sud. Deux tiers des pays de la planète se réunissent pour nous le rappeler, ça devrait nous faire réfléchir.
Pour en savoir plus …
Le sommet des non-alignés s'ouvre sans allusion au 11-Septembre, Libération, 11 sept. 2006
Sommet des Non Alignés de la Havane : De la rhétorique à l’action, par Angel Guerra Cabrera
Le 14ème sommet du mouvement des pays non alignés, Ababacar Fall
Le Site officiel du 14ème sommet du mouvement des pays non alignés
22:35 Publié dans Dette, Développement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cuba, Développement, Pays non-alignés















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