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30.03.2007
Vers des indicateurs qui concilient économie, écologie et social
Jeudi 29 Mars, j'étais avec Benoit Borrits, ex-dirigeant d'entreprise, membre du conseil scientifique d'Attac. Nous avons parlé des indicateurs économiques alternatifs.
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Que se cache t'il derrière la course à la croissance ? Quelles sont les limites du PIB ?
La croissance est devenu un dogme, le besoin de croissance un postulat. On ne se demande même plus pourquoi ! Pourtant la croissance est basée sur le PIB (Produit Intérieur Brut) qui n’est qu’une évaluation marchande de la production des entreprises (au sens large du terme) d'un pays.
D'une part, les activités non-marchandes ne sont donc pas comptabilisées. Par exemple l’éducation, le travail bénévole, associatif, le travail domestique (au passage on note que ce sont des activités traditionnellement réalisées par des femmes).
D'autre part on comptabilise positivement des activités néfastes (production d'armes, activités polluantes, etc ...). B Borrits nous explique qu'en langage économique on dit que le PIB n'intégre pas les externalités !
Comment corriger le PIB ?
Il n'est pas question de le corriger, mais il est vrai qu'il y a d'autres indicateurs bien plus significatifs et plus en phase avec nos buts ultimes : le bien-être, pas la croissance !
Les indicateurs du PNUD
Les premiers indicateurs alternatifs ont été définis par le PNUD, le Programme des Nations-Unies pour le développement
IDH : L’indicateur de développement humain qui prend en compte les taux de scolarisation des enfants, l’alphabétisation des adultes, l’espérance de vie, et le PIB.
IPH : L’Indicateur de Pauvreté Humaine qui peut être calculé différemment pour des pays développés ou des pays en voix de développement.
ISS – BIP 40 – GPI : plusieurs indicateurs, mêmes conclusions
D’autres indices cherchent à mesurer le bien-être des habitants d’un pays tel que l’Indice de Santé Sociale (ISS) défini aux Etats-Unis par Marc et Marque-Luisa Miringoff. Celui-ci consiste à agréger une vingtaine de variables suivant les différentes tranches d’âge de la population (Mortalité infantile, suicide des jeunes, chômage, revenus, pauvreté des plus de 65 ans, délits violents…). Il est intéressant de constater que l’analyse de l’évolution de cet indice aux Etats-Unis nous montre une évolution parallèle avec le PIB jusqu’en 1968 suivie d’un décrochage de l’ISS qui ne cesse de baisser depuis.
Le BIP 40 est un indicateur très complet puisqu’il agrége de 61 séries de données qui sont pondérés selon leur importance relative (éducation, justice, logement, salaires, espérance de vie, chomage ...).
Il nous démontre l’aggravation des inégalités et de la pauvreté : elles ont augmenté de 8% en 2003 pour atteindre leur plus haut niveau depuis 20 ans. Si les inégalités et la pauvreté avaient reculé entre 97 et 2001, elles ont au total été multipliées par 1,5 en 20 ans, entre 83 et 2003.
L’indicateur de progrès réel, appelé GPI (Genuine progress indicator) "corrige" le PIB :
- D’une part en prenant en compte positivement le travail bénévole et associatif, le travail domestique, l’éducation des enfants, tous ces éléments qui développent l’économie sans que de l’argent soit échangé
- Et d’autre part en prenant en compte négativement les crimes, la pollution, ainsi que les dépenses défensives, c’est à dire les dépenses rendues nécessaires par des accidents, des catastrophes ou par la pollution. Par exemple si vous avez un accident et que vous devez réparer votre voiture, on ne peut pas considérer que ce soit positif pour la société, de même si vous achetez un masque pour vous protéger de la pollution, c’est une dépense défensive.
En savoir plus ...
Ecologie et gains de productivité, blog de B Borrits
Une critique des indicateurs classiques
Tout sur l’indicateur BIP 40
Redefining Progress - Comprendre l’indicateur de progrès réel
Mesurer son empreinte écologique
L’indicateur de développement humain du PNUD (programme des nations unies pour de développement).
20:38 Publié dans Economie , Progrès, décroissance, environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : PIB, croissance, PNUD, ISS, IDH, IPH, BIP 40
24.03.2007
Santé et propriété intellectuelle
En janvier dernier, Novartis, troisième laboratoire pharmaceutique mondial, attaque le gouvernement indien en justice à propos de la production de médicaments génériques en dénonçant la loi indienne sur les brevets adoptée début 2005.
Cette loi autorise l’Inde à ne pas breveter les médicaments qui ne comportent pas de réelles innovations. Pourtant le Glivec, médicament générique contre des formes de cancer, que l’Inde refuse de breveter, a dû être retiré du marché.
Comment une entreprise peut-elle attaquer en justice un état d’1 Milliard d’habitants qui ne fait qu’appliquer ses lois ? Comment des médicaments qui soignent des malades peuvent-ils être soudainement retirés du marché, condamnant à mort des milliers de personnes ?
On a parlé de tout ça, jeudi 22 Mars 2007 avec Lucette Guibert, responsable santé et protection sociale à l’UFAL, union des familles laïques et porte parle des Etats-Généraux de la Santé et de l'Assurance Maladie.
- Les brevets, les médicaments génériques
- Les enjeux : la production de génériques dans les pays du sud
- Le rôle de l’OMC et sa relation avec L'OMS
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En savoir plus …
- La compagnie pharmaceutique Novartis intente un procès à l'Inde
- Act Up-Paris dénonce la trahison du Parti Indien du Congrès
- Les règles de l’OMC et leur application en Inde
- Site de l'UFAL
16:15 Publié dans Social, Santé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Santé, brevet, générique, OMC, OMS, agoravox
18.03.2007
Laïcité : un point de clivage majeur ?
Jeudi 15 Mars, j'ai reçu Bernard Teper, président de l'UFAL, Union des Familles Laïques, pour parler d'un sujet délicat : la laïcité en tant que point de clivage majeur, même au sein du mouvement altermondialiste.
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Laïcité et solidarité
La particulatité de l'UFAL, c'est de lier le combat laïque et le combat social. Pour cette association, la séparation de la sphère publique et de la sphère privée s'applique aussi bien aux aspects religieux qu'au domaine économique. Ainsi, la laïcité est la matrice de la solidarité et de la protection sociale.
Encore plus étonnant : la laicité s’oppose à la logique capitaliste !
Notre société a réussi, un temps, à concilier les deux, mais à présent, elle sacrifie petit à petit sa dimension laïque, égalitaire, au profit de la logique libérale. Mais pour Bernard Teper, la laïcité n'est qu'un des 3 points de clivage majeurs auxquels notre société doit faire face, les deux autres étant (droite-gauche et republique-libéralisme).
La laîcité : point de clivage au sein même du mouvement altermondialiste
La position par rapport à la laïïcité est un point de divergence au sein même du mouvement altermondialiste. C'est en particulier le type de relation à avoir avec les associations religieuses qui pose question. Par exemple, la présence massive d'associations musulmanes (Collectif des Musulmans de France (CMF) www.cmf-asso.fr, Présence Musulmane (PM) www.presence-musulmane.com, Union des Jeunes Musulmans (UJM)) lors du Forum Social Européen de Londres en octobre 2004 a sucité de nombreux débats ; ces organisations ayant vivement attaqué le modèle républicain français, accusé de « racisme ».
Pour Bernard Teper, la position qui consiste à dire "les enemis de mes enemis sont mes amis" et d'en conclure qu'une collaboration est possible avec des organisations musulmanes sous prétexte qu'elles critiquent le système libéral anglo-saxon, est totalement irresponsable.
En savoir plus ...
- UFAL
- Rencontre laïque internationale, 10 et 11 Février 2006
- Attac et la laïcité
- Le mouvement altermondialiste et la laïcité, débat contradictoire
21:40 Publié dans Divers et variés | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : laïcité, altermondialisme, communautarisme, agoravox
10.03.2007
Prévention de la délinquance ou criminalisation de la pauvreté ?
Le 8 Mars 2007 nous avons parlé avec Frédérique Viale, juriste, de la loi relative à la prévention de la délinquance qui vient d’être adoptée par l'assemblée nationale. Le 3 Mars 2007, le conseil constitutionel a confirmé que cette loi était "conforme" : l'intervention du Maire dans la sphère privée de ces "sujets", la levée des secrets professionnels et médicaux, la justice des mineurs, tout cela ne semble pas poser de problème ...
Cette loi est née du rapport de Jacques-Alain Bénisti, député UMP commandé par N Sarkozy en Septembre 2005.
Un rapport surréaliste qui démontre allègrement, par une approche pseudo scientique l'équation "jeune = immigré = danger = délinquant potentiel".
Avec F Viale, nous avons examiné quelques points de ce projet de loi de prévention de la délinquance et nous avons essayé de le remplacer dans le contexte plus global de la politique sécuritaire.
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Quelques exemples de ce que permet la loi de prévention de la délinquance
Justice des mineurs
Cette loi est basée sur l'idée que l’éducation d’un enfant se joue dans ses 3 premières années. A ce sujet Marianne avait à l'époque sorti un article assez amusant : Détecter les futurs délinquants dès la creche.
Par ailleurs, grâce à cette loi, des mineurs pourront être soumis à la justice comme des adultes.
Amalgamme entre maladie mentale et délinquance
Le Maire peut décider de l’hospitalisation d’office d'un habitant de sa commune. La loi revient à médicaliser le traitement de la délinquance en faisant fi des mécanismes d’insécurité sociale, d’exlusion, en niant les déterminismes sociaux.
Le clou de cette loi : le maire devient une sorte de shérif des temps modernes
Les nouveaux pouvoirs du maire :
- supprimer les allocations familiales aux parents démissionnaires
- présider le conseil pour les droits et devoirs des familles
- organiser un fichier de suivi de la scolarité des jeunes en difficulté de sa commune
- organiser un fichier des hospitalisés
Le maire a accès aux infos médicales et sociales sur les délinquants mais aussi sur les populations à risque. Celles-ci sont définies comme les personnes rencontrant des « difficultés sociales, éducatives ou matérielles », autant dire potentiellement vous et moi, tout le monde. Plus de secret profesionnel, plus de cloisons entre administration, police, santé, travailleurs sociaux, … les éducateurs deviennent des informateurs; youpi ...
La cible : les pauvres et les immigrés
Ce projet peut être replacé dans un contexte plus global
Depuis le 11-Septembre 2001, on a eu droit à une ribambelle de lois sécruritaires assez réjouissante et surtout très rassurante :
- loi de sécurité quotidienne de Novembre 2001 (facilite les fouilles et les contrôles)
- loi d’orientation et programmation pour la justice du 9 septembre 2002, dite loi Perben 1 (augmente les prérogatives de la police au détriment de la justice, augmente la durée de la garde à vue)
- loi sur la sécurité intérieure du 18 mars 2003, dite loi Sarkozy (contre la mendicité, le racolage passif, les campements sauvages)
- loi Sarkozy sur l’immigration de Décembre 2003 (condamnation de personnes qui aident les sans-papier)
- loi du 11 février 2004, dite loi Perben 2 (plaider coupable)
Frédéric nous a expliqué le problème posé par le plaider coupable : une sorte de justice à 2 vitesses.
Les constantes qu'on peut observer et qui se développent dans l'indifférence générale :
- Augmentation des pouvoirs de la police au détriment de la justice
- Pénalisation des défavorisés (prostituées, SDF, immigrés, jeunes, …)
- Industrie de la punition et de la sécurité (Fichier des empruntes génétiques, biométrie, ...)
- Augmentation de la surveillance et du contrôle des citoyens par l’exécutif
Par ailleurs, lors du vote au Sénat, les partis de l’opposition ont déposé dix amendements, tous rejetés. 10 propositions pour lutter contre la délinquance financière, la corruption, la fraude aux marchés publics, les infractions à la législation financière. La déliquance à la crêche semble plus préoccuper nos représentants que la délinquance sur les marchés financiers, pas vraiment une surprise ...
En savoir plus …
Prévention de la délinquance : inquiétudes et amalgammes, Observatoire des inégalités
Rapport Benisti
La racaille des crêches, Marianne
Délinquance en col blanc, Attac
Les raisons d’une colère, le Monde Diplo
Dépeçage des libertés publiques, le Monde Diplo
Punir les pauvres, Loïc Wacquant
13:25 Publié dans Dérive Sécuritaire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Délinquance, Sécurité, Dérive sécuritaire, loi sarkozy, agoravox












