17.02.2007
Micro-crédit : un outil efficace pour le développement ?
Jeudi 15 Février 2007, j'ai reçu Jacques Cossart, économiste, membre du conseil scientique d'Attac et ex-président d'épargne sans frontière, pour parler de Micro-crédit.
Le 13 octobre 2006, le docteur Muhammad Yunus, originaire de Bangladesh, s’est vu décerner le prix Nobel de la paix. Muhammad Yunus est professeur d’économie ; Il a créé la Grameen Bank il y a 30 ans. Il est considéré comme le père du microcrédit, il a été distingué des dizaines de fois, partout dans le monde, et chevalier de la Légion d’Honneur en France.
En tant qu'ancien président d’Epargne sans frontière, Jacques Cossart connait bien le micro-crédit pour l'avoir pratiqué, pourtant son point de vue est assez critique ...
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Un outil efficace pour le développement ?
Selon Jacques Cossart, les prêts sont trop souvents utilisés pour palier à la déficience des services publics dans les pays en développement (financer des frais de scolarité, de funérailles ...) et non pour développer une réelle activité.
Selon lui les taux anormalement elevés reviennent à faire payer les plus pauvres et à ne pas lutter contre la « détérioration des termes de l’échange ». Sans compter que les grandes banques telles que HSBC ou City Group commencent à s'y mettre ...
Bien sûr le micro-crédit peut contribuer à l'émancipation de la femme dans les pays en développement (98% des emprunteurs au Bangladesh sont des femmes). Mais des interrogations subsistent :
- comment expliquer que M. Yunus se prononce contre l'annulation de la dette des pays du sud ?
- que pensez de l'usine de Yahourt ultra-nutritifs créés conjointement par la Grameen Bank et Danone au Bangladesh ?
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Danone lance son microyaourt aromatisé prix Nobel de la paix, Libé, 19 Décembre 2006
Des entreprises qui feraient du bien aux hommes, pourquoi pas ? Télérama, 27 Janvier 2007
13:45 Publié dans Dette, Développement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Yunus, prix nobel de la paix, micro-crédit, grameen bank, développement, agoravox
06.01.2007
Vers une réforme de la Banque Mondiale et du FMI ?
Jeudi 11 Janvier sur Aligre FM 93.1 (Région Parisienne), nous avons parlé avec Jacques Cossart, Economiste, membre du Conseil Scientifique d'Attac de la nécessité et de la possibilité d'une réforme de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International.
Ces deux institutions internationales sont sensées lutter contre la pauvreté et pour le développement. Leurs programmes d'ajustement structurels sont largement critiqués depuis des années, y compris de l'intérieur, notamment par Joseph Stiglitz, prix nobel d'économie, conseiller de Clinton et longtemps économiste en chef de la Banque Mondiale.
Un récent audit interne à la Banque Mondiale semble reconnaitre certaines erreurs. Pourtant la réforme en cours du FMI est très timide. Après 30 ans de politique dogmatique, la donne va t'elle enfin changer ? Et d'abord, quels changements seraient souhaitables ?
Pour les réponses, écoutez l'émission !

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La grande désillusion, Joseph Stiglitz
Lettre ouverte sur la réforme institutionnelle du FMI, Les Amis de la Terre
Dossiers du CADTM sur la Banque Mondiale et le FMI
14:15 Publié dans Dette, Développement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Banque Mondiale, FMI, Fond Monétaire International, Développement, Agoravox
16.12.2006
Une politique écologiquement et socialement responsable est-elle possible ?
Jeudi 21 décembre, Benoit Borrits, économiste, ex-dirigeant d'entreprise et membre du conseil scientifique d'Attac, nous a parlé de libre circulation des capitaux, de controle des changes. Nous avons pris l'exemple du Venezuela.
Comment mettre en place une politique résolument sociale et protectrice de l'environnement sans faire fuire les capitaux et avec eux l'activité économique et les emplois. Selon B Borrits, limiter la libre circulation des capitaux est une condition nécessaire, sans laquelle toute politique délibérée ménerait au chaos ou serait contrainte de revoir ses ambitions à la baisse (c'est à dire à des ajustements à la marge, cas de la France en 82-83). Cela peut être fait par la taxation des transactions, ou bien par le controle des changes.
Mais le controle des changes, ça nous fait peur ! Serait-ce synonyme d'isolement, de privation, de renoncement aux libertés individuelles ? Bien sûr que non, cela consiste simplement à ne pas laisser les marchés financiers décider des politiques publiques...
Pourquoi le Venezuela a t'il mis en place une telle politique ? Cela a limité la fuite des capitaux et fait en sorte que la politique soit décidée par les représentants du peuple et non par les élites indutrielles et financières. Après quelques années difficiles, le pays fait 9% de croissance (la plus forte du continent) et affiche une vitalité économique nouvelle.
Comme quoi controle des changes, cela ne veut pas dire "sovietisation" ! La preuve c'est Keynes lui-même qui proposait une chambre de compensation internationale, idée qui n'a jamais été suivie et que Benoit Borrits souhaite réhabiliter. C'est "amusant" de voir comment une mesure proposée par un économiste libéral à l'époque fait office de mesure sovietico-archaïque aujourd'hui ! Des préjugés à combattre ...
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Le réalisme économique du Venezuela
Les cordons bleus de Gramoven
15:10 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Controle des changes, Venezuela, développement
20.10.2006
Un sommet qui devrait nous faire un peu réfléchir ...
Aligre FM, 19 Oct 2006
Le 14ème sommet des pays non alignés a eu lieu du 11 au 16 Septembre dernier à Cuba. Quels en étaient les enjeux ? S’agit-il d’un mouvement à bout de souffle ? Ou au contraire d’un nouvel espoir pour les pays en développement ?
Commençons par le rappel des faits
Une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement ont assisté à ce sommet, dont les dirigeants de l'Iran, du Venezuela, de l'Inde et du Pakistan, ainsi que Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Au total 115 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine étaient représentés, soit deux tiers des pays membres de l'ONU.
On ne peut parler du Mouvement des Non Alignés sans rappeler qu’il a pour origine la conférence de Bandung en 1955. A l’époque le mouvement visait à ouvrir une 3ème voie, à l’abri des pressions des Etats-Unis et de l’URSS. Le mouvement a également contribué à accélérer le processus de décolonisation, notamment celle de l’Inde, du Vietnam, de l’Indonésie, de l’Egypte.
Justement, la colonisation, la guerre froide, c’est fini. Les enjeux ne sont plus les mêmes aujourd’hui…C’est vrai que la chute du mur de Berlin a changé la donne. C’est vrai aussi que les grandes figures du mouvement telles que Nairu, Nasser, Ho Chi Minh ne sont plus là. Selon un article de l’agence Reuter repris par Libération, la seule chose qui unirait les participants de ce sommet, ce serait leur anti-américanisme primaire. La preuve invoquée par l’auteur ? Les discours d’ouverture du sommet, le 11 Sept, n’ont même pas fait allusion aux attentats de New York. Un peu court comme analyse …
A noter au passage que le 11 Septembre, c’est aussi le 11 Sept 73, jour du coup d’état de Pinochet au Chili. Durant des années, il n’y a pas eu grand monde pour sortir ce 11 Sept là des oubliettes…
Au regard de cette nouvelle donne mondiale, le mouvement des non-alignés a t’il toujours une raison d’être ?
La colonisation a pris une nouvelle forme. Les pays du nord imposent leur domination par de nouvelles méthodes : les Institutions Financières Internationales (OMC, Banque Mondiale, Fond Monétaire International), et aussi la dette. La dichotomie nord-sud, dominant-dominé est donc plus que jamais d’actualité.
Et puis aujourd’hui, il y a d’autres figures : Chavez, Morales. Des figures qu’on peut critiquer, mais qui ont au moins le mérite de rechercher une voie alternative. Cette conférence avait donc de bonnes raisons d’être et des enjeux, sans parler des dossiers qui ont été abordés tels que le renforcement du rôle de l’ONU, la coopération Sud-Sud, le désarmement.
Il y a eu de beaux discours mais sont-ils en prise avec la réalité ?
Dans la réalité, l’ordre mondial est en train d’évoluer. La coopération Sud-Sud s’organise et fournit une alternative concrète à l’ordre néo-libéral « proposé » par l’occident.
L’Amérique latine s’organise et gagne en indépendance. L’Asie et l’Amérique Latine renforcent leurs relations tandis que les Etats-Unis s’enlisent au Moyen Orient.
Si l’Inde collabore avec les Etats-Unis, la Chine, elle, se rapproche de l’iran et de l’Arabie en établissant une coopération énergétique.
L’alliance Bolivarienne entre Cuba, le Venezuela et la Bolivie démontre qu’une coopération entre états est beaucoup plus efficace que les sacro-saintes lois du marché, destructrices, surtout pour les pays en difficulté. Grâce à cette coopération, 1 500 000 Vénézueliens ont été alphabétisés par des enseignants cubains, 220 000 latinos-américains sont venu en charter se faire opérer de la cataracte. En échange, le Venezuela fournit de l’énergie et la Bolivie fournit du gaz naturel et des produits agricoles.
Et l’Afrique dans tout ça ?
Comme d’habitude, on n’en parle pas beaucoup. J’ai trouvé un article intéressant d’Ababacar Fall-Barros, coordinateur général du groupe de recherche et d'initiative pour la libération de l'Afrique. Il regrette amèrement que les pays Africains soient toujours dirigés par des leaders féodaux et corrompus qui ont confisqué l’indépendance et la souveraineté de leurs peuples.
L’auteur regrette que les chefs d’états africains n’aient pas pleinement investi le sommet de la Havane. Aucune mobilisation n’a eu lieu en Afrique, aucune signification n’a été donnée à l’événement. Une occasion manquée pour ce continent qui en aurait bien eu besoin.
Finalement, quels sont les résultats de ce sommet ?
Une déclaration commune d’une centaine de pages, qui exprime le point de vue des non-alignés. Le texte condamne la politique américaine en Amérique latine ou au Proche-Orient. Des positions communes sont forcément difficiles à atteindre dans un forum aussi divers. Néanmoins les participants se sont retrouvés pour réclamer plus de multilatéralisme sur la scène internationale. Avec notamment une reforme du fonctionnement de l’ONU qui semble de plus en plus inévitable. Afin de mieux refléter le nouvel ordre international, de mieux représenter les pays du sud, et, pourquoi pas, de donner plus de pouvoir à l’ONU. Car finalement, l’ONU est l’organisation la plus légitime pour limiter le système de domination du nord sur le sud. Deux tiers des pays de la planète se réunissent pour nous le rappeler, ça devrait nous faire réfléchir.
Pour en savoir plus …
Le sommet des non-alignés s'ouvre sans allusion au 11-Septembre, Libération, 11 sept. 2006
Sommet des Non Alignés de la Havane : De la rhétorique à l’action, par Angel Guerra Cabrera
Le 14ème sommet du mouvement des pays non alignés, Ababacar Fall
Le Site officiel du 14ème sommet du mouvement des pays non alignés
22:35 Publié dans Dette, Développement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cuba, Développement, Pays non-alignés
09.09.2006
La Fondation Bill & Melinda Gates verse 500 millions de dollars à la lutte contre le Sida - 7 Sept 2006

Cet été, Bill Gates a annoncé que sa fondation verserait 500 millions de dollars au fond mondial de lutte contre le Sida. Cette nouvelle, a priori réjouissante, nous pousse tout de même à nous interroger … Que faut-il en penser ?
Commençons par le rappel des faits
Bill Gates, fondateur de Microsoft a construit une fortune de 50 milliards de dollars, qui fait de lui l’homme le plus riche du monde, grâce à sa vision et à son génie, mais aussi grâce à un monopole acquis par des pratiques discutables.
Fort de cette situation confortable, Gates se retire progressivement des affaires pour se consacrer à des œuvres caritatives. Il a donc annoncé qu’une de ses priorités était la lutte contre le Sida. L’annonce tonitruante du don de 500 millions a permi à Bill et Melinda, sa femme, de prononcer le discours d’ouverture de la conférence mondiale sur le Sida, le 13 Aout dernier à Toronto. Un discours plein de bons sentiments, on l’imagine bien. Mais en quoi le fondateur d’une société d’informatique est-il habilité à ouvrir une conférence sur le Sida ?
Autre élement. Le 26 Juin dernier, Warren Buffett, 2ème homme le plus riche du monde après Bill Gates avait annoncé qu’il donnerait 30 milliards de dollars à la fondation Gates. Sa fortune construite dans le secteur, non pas du logiciel mais de l’alimentation s’élevant seulement à 44 milliards, on mesure l’étendu du geste.
Comme le dit Damien Millet, président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde, dans le Libé du 17 Aout, un tel geste « fait passer les Rockfeller, Carnegie, ou Ford pour des petits joueurs … ».
Qu’est-ce que la Fondation Gates ?
La fondation Gates est dirigée par Bill Gates et sa femme Melinda. Elle a pour objectif l’amélioration de la santé et le développement technologique des pays pauvres. Elle est dotée de 30 milliards de dollars qui proviennent de la fortune du couple, et a un budget annuel de 3 milliards.
Si vous avez lu la presse traditionnelle cet été, vous avez noté qu’on ne tarit pas d’éloge sur cette générosité extrême. Non seulement Bill Gates est élevé en héro du capitalisme pour avoir si bien su jouer avec les règles de la concurrence; ce qui lui donne le droit de parler d’égal à égal avec les dirigeants de la planètes, mais en plus il se rajoute une seconde auréole, celle du philanthrope.
Mais ne nous laissons pas aveugler par les bons sentiments. Si on y regarde de plus près, cela fait naitre quelques interrogations ….
La question de la privatisation de la solidarité
Le budget de la fondation Gates, c’est 5 fois celui de l’UNESCO, l’institution des nations-unies pour l’éducation, la science et la culture. C’est aussi un budget équivalent à celui de l’OMS, l’organisation Mondiale de la Santé (3,3 milliards de $).
D’un coup de baguette magique, une fondation privée, dirigée par un couple de particuliers, si notables soient-ils, devient aussi importante que des organisations internationales mises en place par l’ensemble des pays de la planète, et qui oeuvrent depuis des années avec des budgets limités.
Ne doit-on pas se réjouir que des acteurs privés viennent combler les lacunes des aides publiques ?
Au 1er degré, on peut s’en réjouir mais c’est vraiment ne pas voir plus loin que le bout de son nez.
Qui doit décider de la meilleure manière d’utiliser ces fonds ? En quoi Bill Gates est-il habilité à décider des projets auxquels allouer des fonds pour la santé et le développement ? Sur quels critères les décisions porteront-elles ? Ne risque t’on pas de privilégier les projets à court-terme, les plus visibles, les plus rentables - mais qui ne représentent pas nécessairement l’intérêt général ?
Pourquoi Bill Gates ne donne t’il pas l’argent de sa fondation à l’OMS ou à l’UNESCO ? Est-ce parqu’il veut décider lui-même de la manière dont l’argent va être utilisé (et donc on en revient à la question des critères de décision) ? Est-ce parce que pour lui, l’OMS et l’UNESCO ne sont que des administrations inefficaces ?
Autre interrogation : qui a demandé l’avis des 1ers concernés, c’est à dire les plus démunis à qui ces aides sont destinées ? Est-il normal que la lute contre la pauvreté soit organisée unilatéralement par les plus riches ?
On assiste donc une confiscation de la lutte contre la pauvreté et une substitution du privé au public, y compris dans le domaine de la solidarité, ce qui risque d’être hautement pervers.
Comment expliquer cette situation, Quelles sont les causes ?
Les états et les institutions financières internationales mettent en place depuis 25 ans des politiques néo-libérales qui ont pour objet de diminuer le rôle de l’état, de sabrer les services publics, de casser le système de redistribution des richesses, de minimiser la solidarité et donc de laisser le champs libre au marché et aux actionnaires.
Les causes de l’impuissance des états sont donc les mêmes que celles qui ont permi à des gens comme Bill Gates de construire des fortunes démesurées, au détriment des revenus du travail.
Si on comprend ça, on comprend que s’émerveiller de la générosité de Bill Gates, ce serait, en exagérant un peu le trait, comme remercier quelqu’un qui vous donne l’heure avec la montre qu’il vient de vous voler.
Là vous exagérez un peu, personne ne l’obligeait à céder plus de la moitié de sa fortune…
Je caricature à peine …
En France également, avec le téléthon, l’opération pièce jaunes, on voit que la solidarité et la sécurité sociale sont remplacées par la charité. Aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres, comme le constate Damien Millet, « les plus pauvres vont être contraints, comme au moyen age de compter sur la générosité du seigneur protecteur ou de périr ».
Selon lui, ce recul intolérable est accentué par la logique de la dette qui organise un colossal transfert de richesses du sud vers le nord puisque les pays du sud remboursent 3 ou 4 dollars pour chaque dollar emprunté. Alors certes, il vaut mieux que Bill Gates consacre son argent à la lutte contre le Sida qu’à construire des golfs, mais regardons plus loin que le bout de notre nez, ne nous laissons pas éblouir par les bons sentiments. Vous comprendrez donc que je suis un petit peu sceptique lorsque je lis son discours d’ouverture de la conférence de Toronto. Pourquoi Bill Gates n’utilise t’il pas son pouvoir et son aura pour demander l’annulation de la dette ?
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Fondation Gates
La solidarité à la sauce Bill Gates
Damien Millet, Libération, 17/08/2006
13:40 Publié dans Dette, Développement | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : Développement, Dette, Aide, Charité














